SALON DU LIVRE DE MONTREUIL

Journée professionnelle lundi 1er décembre 2003

 

Compte-rendu rédigé à partir de mes notes personnelles.

 

1) Les romans jeunesse en grand format : une mode ? Une attente des lecteurs ? Un nouveau marché ? Quel avenir ?

 

Débat avec :

·        Julie Arnaud, libraire

·        Jack Chaboud, animateur de collections des romans Magnard jeunesse

·        Anne Michel, éditrice de la collection Witz chez Albin Michel

·        Jean Perrot

 

Avant la sortie des Harry Potter, il y avait très peu de livres en grand format. L’éditeur Albin Michel a donc  effectué un sondage chez les libraires pour connaître leur avis sur la sortie de livres en grand format. La réponse de ces professionnels a été positive mais seulement si ces livres étaient de qualité exceptionnelle.

Actuellement, la plupart des éditeurs sortent ce genre de livres.

Est-ce forcément un gage de qualité ? Cela ne va-t-il pas entraîner un turn-over rapide et une banalisation de ces ouvrages?

Certes, pour certains éditeurs, l’édition en grand format n’est qu’une question de marketing. Mais la responsable d’Albin Michel fait remarquer que ses livres sortiront en poche et d’autre part que le prix de ces ouvrages restent inférieurs au prix des romans adultes qui, eux, ne sortiront en poche que s’ils dépassent les 10000 exemplaires.

Jack Chaboud explique que chez Magnard, il ne travaille ni sur commande, ni avec des traductions. Les objectifs des grands formats sont :

·        de faire connaître les auteurs qui ont bien marché

·        de faire connaître des livres destinés à des lecteurs plus matures comme Carton Noir.

·        de mettre en avant un nouvel auteur.

·        de permettre d’éditer un livre qui ne serait pas rentré dans les cases habituelles des collections existantes.

A quel lectorat s’adressent les grands formats ?

Chez Albin Michel , deux tranches d’âge sont concernées :

·        les 10-13 ans avec par exemple Hermux Tantamoq

·        les ados/ adultes, tranche d’âge pour laquelle les livres manquaient, avec par exemple Le quadrille des assassins de Jubert

Chez Magnard, la collection est dans aucun doute une collection pour la jeunesse et non pas une collection «de passage » comme peut l’être la collection Tribal chez  Flammation.

Certes, ces livres appartiennent à des genres porteurs actuellement (fantastique, science-fiction, fantasy…). Mais ils sont aussi le moyen  de traiter de thèmes un peu différents comme dans  Les oiseaux de Kisangani, (roman initiatique) ou de mettre en avant un auteur comme Eric Boisset, déjà publié avec succès dans une autre collection.

L’effet Harry Potter a été très positif, il ne s’agit pas de le nier, mais il faut maintenant élargir vers d’autres choses.

C’est le cas avec la sortie de Titus Flaminus de JF Namias, chez Albin Michel. Un jeune patricien enquête sur la mort de sa mère et découvre la misère à Rome. Il décide donc de devenir détective pour les pauvres.

Chez Magnard, Carton noir de S.Daniel, refusé par deux autres éditeurs, aborde le problème des hooligans dans le football.

 

2) Que fait la littérature jeunesse du mot littérature ?

 

débat organisé par l’éditeur Rue du Monde avec :

·        Didier Daeninckx, auteur

·        Karim Ressouni-Demigneux, auteur de  Ce matin, mon grand-père est mort 

·        Dominique Sampiero, auteur de P’tite mère et co-scénariste du film « Ca commence aujourd’hui »

·        Alain Serres, responsable des éditions Rue du Monde

 

Pour commencer, une lecture des dernières lignes d’ouvrages de Didier Daeninckx (notamment, Il faut désobéir, où une petite fille interroge son grand-père sur la Résistance des policiers français pendant la 2e guerre mondiale.),nous montre qu’elles portent toutes une interrogation fondamentale.  « citation… »

Plus qu’une transmission des savoirs, il s’agit ici d’une transmission des émotions et D.Daeninckx tient à utiliser les mots, la poésie des mots.

C’est le même objectif pour le 2e tome qui vient de paraître, Un violon dans la nuit où la grand-mère va raconter comment elle a survécu dans un camp de concentration à partir d’une remarque de sa petite-fille à propos d’un tatouage : là aussi, un mot sert de clé.

Pour Alain Serres, les livres qu’ils publient sont d’abord porteurs de langue et de littérature. Même si l’on cherche à faire des livres de plus en plus beaux, il faut toujours mettre l’accent sur le texte. Celui-ci a parfois pu être négligé  dans l’album ou dans les premiers romans. C’est pourquoi on peut se demander si un beau livre est forcément un bon livre.

Rue de Monde vient de créer une nouvelle collection de romans. Alain Serres assure que l’on sait si un livre est de la littérature ou pas en lisant les premières lignes. Pour l’éditeur, la thématique n’est pas tout . Il lui est déjà arrivé de recevoir un très beau texte mais qui ne rentrait pas dans les cases habituelles de Rue du Monde.

C’est d’ailleurs comme cela qu’est née la nouvelle collection Romans et que le texte de Karim Ressouni-Demigneux , Ce matin, mon grandpère est mort, a pu être édité.

Le manuscrit a été envoyé à dix éditeurs, sans réponse. Rue du Monde l’a ressorti trois ans après, pour le publier dans cette nouvelle collection.L’auteur explique qu’il a voulu écrire à hauteur d’enfant ; le récit est à la première personne du singulier.

Dominique Sampiero, publié dans la même collection, insiste sur la dignité à donner aux personnages. Ancien instituteur, il écrit «pour aller quelque part », pour retourner peut-être à l’école ? 

On parle beaucoup ici de l’auteur et de son texte mais à quel moment intervient le lecteur ?

D.Daeninckx nous confie que, quand il écrit, il ne pense pas aux lecteurs, que c’est une relation, un problème à régler entre l’écrivain et  sa page. Mais ensuite, quand les lecteurs lui racontent comment ils ont accueilli, ressenti ses ouvrages, ces réactions « alourdissent le livre » et l’auteur doit continuer à écrire avec tout cela…