Intervention de Denis Guiot, responsable de la collection « Autres mondes » chez Mango

 

1)   Comment expliquer les différents genres littéraires ?

 

Histoire du chat :

-        Le chat, à l’arrivée de son maître, miaule. Il a faim.

Roman de littérature générale, littérature mimétique, qui montre la réalité

 

-        Le chat, à l’arrivée de son maître dit qu’il a faim. Le propriétaire ouvre de grands yeux et se pose des questions.

Littérature fantastique : pas d’explication ou de justification, irruption de l’impossible

 

-        Le chat, à l’arrivée de son maître dit qu’il a faim et celui-ci lui répond.

Littérature de fantasy. Le personnage n’est pas surpris. On se situe dans un univers merveilleux, l’irréel est assumé.

 

-        Le chat, à l’arrivée de son maître dit qu’il a faim. Il y a une explication : le chat est un robot (ou son ADN a été manipulé)

Littérature de science-fiction. La SF décrit de manière réaliste ce qui n’existe pas (que se passerait-il si … ?)

 

2)   Les points de blocages de la science-fiction

 

·        genre littéraire trop scientifique

Rapide historique

1926 lancement d’un magazine « Amazy Stories »

1929 la scientifiction devient science-fiction = le succès éditorial est là, les lecteurs sont avides d’aventures et de science. Cette mise en fiction de la science montre les conséquences dans la vie quotidienne. Finalement, la SF parle du présent. Certes, il existe bien un courant très scientifique « hard science » qui donne de très nombreuses explications dans les textes.

Le premier roman authentique de SF est en 1817 « Frankenstein ». C’est une littérature de l’extrapolation et de l’exagération mais c’est une littérature de son époque, marquée par l’électricité

 

·        littérature trop pessimiste

L’avenir n’est peut-être pas gai mais il faut réfléchir au futur pour éviter que le pire arrive (cf Bradbury).

Les meilleurs ressorts sont évidemment dans le dramatique mais une problématique est posée

 

·        littérature trop débile

Cette littérature a des origines populaires (USA) mais il existe de grands auteurs européens (Wells, Verne).

Elle est aussi frappée par une « malédiction thématique » = robots, ET... mais on oublie souvent son aspect métaphorique (thèmes de la différence ou de la rencontre) 

 

·        c’est pour les mecs

Il est vrai que les hommes constituent 75% du lectorat. La culture sexiste existe dès la naissance. Pourtant ce sont les filles qui lisent le plus. La collection « Autres mondes » essaient d’attirer les filles. 1/3 des auteurs sont des femmes. La collection essaie de présenter des romans à émotion.

 

·        trop difficile à lire

Les écrivains sont devant un dilemme lorsqu’ils présentent un endroit insolite : soir ils expliquent où on est et le roman devient vite imbuvable, ou alors le lecteur est perdu. La solution est alors de distiller les informations, le lecteur est alors intrigué.

Il existe aussi des romans plus faciles que d’autres.

 

 

 

3)   Que peut apporter la SF ?

 

·        De l’évasion aux adolescents qui subissent tout un tas de contraintes

·        Une ouverture intellectuelle, la SF permet de débloquer l’imagination, de se laisser surprendre

·        Un miroir de notre présent = une lecture différente de la société. La SF peut servir d’alarme (ex pour la pollution, on peut étudier les conséquences éventuelles d’un phénomène)

·        De l’humanisme = importance de l’Autre et de ses multiples facettes

·        Un questionnement philosophique

La SF pose les questions essentielles : qu’est-ce qu’un être humain ? (ET, robot, clone…) ; les questions en relation avec les problèmes de la société

·        roman d’apprentissage : le héros est confronté à différentes situations qui vont lui permettre de découvrir sa propre personnalité

 

4)   Le métier de directeur de collection

 

Denis Guiot a travaillé pour Hachette (collection Vertige SF). Mais chez Mango il bénéficie d’une pleine liberté éditoriale ; il a la responsabilité des couvertures qu’il veut réalistes et qu’il conçoit en relation avec les auteurs.

Octobre 2000 = 3 titres

2005 = 32 titres

6 à 7 titres par an.

Tirages = 6000 exemplaires en tirage initial. Certains titres peuvent faire plus de 15 000 exemplaires.

Le seuil de rentabilité est à 3000 exemplaires.

 Les inédits sont des créations francophones. Il s’agit souvent de « commandes » et il intervient sur le synopsis. Sa collection a une politique éditoriale claire, une « âme ».

 

Critères de choix =

·        littérature populaire. Le roman doit être divertissant et procurer du plaisir et de l’émotion

·        lisibilité. Chaque auteur a son style mais l’écriture doit être fluide. Les premières pages sont primordiales.

·        Ne pas abuser de la crédibilité du lecteur. Raconter des choses connues ou adapter

·        Identification = les lecteurs doivent se sentir concernés. Les âges peuvent être différents mais il faut traiter de problématiques qui les concernent.

·        Littérature de sens = le plaisir n’exclut pas la réflexion

·        Effet de réel = raconter de manière réelle le futur

·        Cible de 11 à 111 ans = les 11/16 ans sont la première cible mais un bon roman peut se lire à tout âge.