Les relations garçons/filles dans la littérature jeunesse

2e journée

Stage du jeudi 11 mai 2006 à Chaulnes

 

1) Rencontre avec Martine Pouchain pour son roman Printemps volé

 

Parcours

Martine Pouchain a toujours aimé écrire. A l’école, elle avait toujours de très bonnes notes en rédaction et faisait parfois les devoirs de ses copines. Pourtant, le milieu dont elle vient n’était pas très intellectuel. Si elle n’était pas devenue écrivain, elle avait pensé aussi à la voie du journalisme mais elle n’a été encouragée dans aucune de ces voies.

Après de nombreux petits boulots et une traversée du désert de dix ans, Martine Pouchain recommence à écrire. Certes, il lui faut quelque temps pour remettre la machine en route mais elle se lance dans l’écriture pour le cinéma. Ce qu’elle y voyait ne lui plaisait pas. Elle se met donc à la lecture de guides pour écrire des scénarios (écriture rigoureuse qui nécessite d’élaguer, d’enlever l’inutile). Elle fait lire beaucoup de scénarios mais n’a aucun retour. C’est lorsqu’elle transforme un scénario en roman, en polar médiéval qu’elle reçoit une réponse de l’éditeur Gallimard. Deux mois plus tard, elle obtient sa première proposition d’édition en littérature jeunesse.

Elle écrit trois autres romans policiers. Puis, suite à un refus de Gallimard, elle commence à lire de la littérature- jeunesse et à se dire qu’elle pourrait en écrire. Elle se lance alors dans l’écriture d’un « roman- réalité ». C’est ainsi que naît en quinze jours Printemps volé.

 

Ecriture

·        Sa période favorite reste le Moyen Age et en particulier le 12e et 13e siècles. Mais Martine Pouchain a beaucoup de choses à dire aussi sur notre période. Face au Journal Télévision qui renvoie une vision pessimiste du monde, Martine Pouchain voudrait raconter les choses autrement et aider les jeunes à avoir un autre regard sur le monde.

·        Pour écrire un livre, elle doit avoir en sa possession un plan, connaître le déroulé du livre et avoir une bonne fin.

Avant, elle se mettait au travail entre 14h et 20h. Mais, c’était difficile de s’y tenir. Il y avait toujours des imprévus. Maintenant, elle recherche simplement des plages de 2 ou 3 heures dans l’après-midi.

Au début, il y avait aussi l’angoisse : sera-t-on capable d’écrire d’autres livres ? Avec l’expérience, elle a réussi à se déculpabiliser de prendre quelques jours de vacances même si elle sait que, quand on arrête d’écrire, il est difficile de s’y remettre.

L’idéal pour écrire est de rester immergé un mois et demi dans le livre, tous les jours.

 

·        Les personnages = sur 10 livres, elle ne met en scène que 3 héroïnes. Martine Pouchain reconnaît qu’elle aurait aimé être un garçon et qu’elle est plus à l’aise avec un héros masculin ! Cela n’est pas gênant puisqu’il a été démontré que dans le lectorat, un garçon s’identifie plus facilement à un garçon alors que les filles ne font pas attention à cela.  Pour caractériser ses personnages et leur inventer un passé ou un cadre de vie, elle s’inspire bien sûr de sa propre vie. Plus un personnage est dense et mûri, plus le lecteur va s’y attacher.

Les personnages qu’elle crée, il lui est difficile de s’en séparer. La tentation est parfois grande d’en faire un personnage récurrent. Le travail le plus important se fait sur le psychologique du personnage plus que sur le physique.

 

·        Ecrire c’est être immergé dans son sujet. On a besoin de lui donner tout. C’est pourquoi il faut du temps pour décrocher entre deux livres. On est content mais triste à la fois d’avoir fini. Le sas de décompression peut aller de une semaine à un mois.

 

·        L’inspiration, pour Martine Pouchain, vient plutôt sur un sujet que sur un personnage. Elle a des sujets en tête pour encore 10/15 ans ! Le problème souvent, c’est de choisir. Dernièrement, c’est la rencontre avec un élève, dans une classe qui lui a inspiré le roman ou au moins le personnage de Guigui.

 

·        Martine Pouchain n’a pas encore écrit de livre sur sa vie car, dit-elle, de toutes façons, «  quand on écrit un livre, on ne parle que de soi ». Par contre, pour le prochain roman qu’elle écrit sur la précarité, elle est en train d’écrire en parallèle le making-off (comment le roman est né, son avancement au jour le jour)

 

Quelques conseils pour préparer la venue d’un écrivain

 Il est indispensable que les élèves aient lu au moins un des livres de l’auteur.

Il faut que cette rencontre soit un événement (un auteur/classe/an)

Les élèves ne doivent pas forcément prendre des notes car il leur est difficile d’écrire et d’écouter en même temps.

La rencontre ne doit pas être un moment scolaire mais un moment extra- ordinaire.

 

Printemps volé

Au départ, l’idée de Martine Pouchain n’était pas d’écrire sur le viol mais sur le pardon. Le fait que le débat porte sur ce sujet lui semble donc normal. Pourtant les réactions contre son livre (parues notamment dans Citrouille) l’ont surprise.

Pour elle, si le livre n’avait pas fini comme cela, elle ne l’aurait pas écrit.

Un roman n’est pas un manuel d’instruction civique.

Cela n’a pas valeur d’exemple à ses yeux.

Le rôle de l’écrivain n’est pas de dire ce qui est politiquement correct. Il est de montrer une possibilité de gérer l’événement. Le pardon est une forme de rédemption possible. Pardonner est un acte fort et courageux et pardonner n’est pas excuser.

Le roman a été relu par un psychologue comme toutes les publications jeunesse chez Pocket. Par contre, la préface de Maryse Vaillant est une initiative de la maison d’édition prise sans concertation ni accord de l’auteur qui n’adhère d’ailleurs pas à 100% aux propos de la spécialiste.

La mention « à partir de 11 ans » a été modifiée dans le catalogue et le livre figure maintenant dans la catégorie « 13 ans ».

 

Relations avec les éditeurs

Au départ, Martine Pouchain a publié chez Gallimard trois romans policiers.

Chez Syros est paru « Je voudrais te redire Papa ». Magnard publiera bientôt un récit de science-fiction. Chez Nathan sortira « Bagdad 2004 » et un roman ayant pour toile de fond la Mongolie « Le fils du loup bleu ».

·        droits d’auteur = l’auteur récupère environ 5% sur le prix d’un livre. Dès le départ, il obtient un chèque qui représente une avance sur droits. Les droits sont cédés totalement à l’éditeur qui peut alors vendre le livre à l’étranger ou dans une collection à bas prix (comme France Loisirs) dans avoir de comptes à rendre à l’auteur. Ecrire un livre en jeunesse est plus rentable qu’en littérature générale où il ne reste souvent que 3 mois en rayon. En jeunesse, le livre fait au moins 3 ou 4000 exemplaires. Il y a en France environ 2000 écrivains professionnels mais 20 000 personnes perçoivent des droits d’auteur. La Charte regroupe 700 à 800 auteurs. Elle permet de savoir ce qui se pratique dans les maisons d’édition, de se passer les informations…

·        Ecriture = beaucoup d’éditeurs interviennent dans la réécriture et pas toujours à bon escient. Par exemple, Martine Pouchain explique qu’elle aime jouer avec les répétitions mais qu’elle se fait très souvent corriger. Les correctrices s’occupent de la grammaire et du vocabulaire mais il existe une tendance normative très forte.

·        Choix des titres et des illustrations de couverture = le plus souvent, c’est le domaine de l’éditeur. Martine Pouchain reconnaît ne pas être douée pour les titres ! Pour Printemps volé par contre, l’idée est d’elle. L’auteur a rarement de liens avec l’illustrateur qui, parfois, commet quelques petites erreurs. (Pour « Je voudrais te redire papa », l’action se déroule à Montmartre et l’illustrateur a représenté le SDF sous un pont avec la Seine…). C’est à se demander s’ils lisent les livres….

 

2) Ateliers : comment travailler en interdisciplinarité sur le thème « relations garçons/filles » ?

 

·        Mise en place d’un club « Filles- garçons : vivre ensemble »

 

Animateurs = professeurs documentaliste et d’histoire/éducation civique

Participants = élèves volontaires sur le créneau du midi

Déroulement =

Petite discussion pour cerner le sujet : que recouvrent, pour les élèves, les notions de mixité et de parité ?

Puisqu'il s'agit d'un club, les membres de cet atelier ont décidé de retenir l'idée de spontanéité chez les élèves : les thèmes de débat doivent venir d'eux.

Il faut lister leurs préoccupations  (préjugés, pré requis) pour pouvoir privilégier quelques thèmes :

Elaboration d'un quiz :

 

Fille                   Garçon                Classe         

 

 

 

 

 

F

M

=

métiers

Nourrice

 

 

 

 

Pilote d'avion

 

 

 

 

Sage femme

 

 

 

 

Pompier

 

 

 

sports

Foot

 

 

 

 

Danse

 

 

 

 

vélo

 

 

 

 

Natation

 

 

 

 

Qui va chercher les enfants à l'école ?

 

 

 

 

Qui fait la cuisine ?

 

 

 

 

Qui les courses ?

 

 

 

 

Qui tond la pelouse ?

 

 

 

 

Qui répare la voiture ?

 

 

 

 

Si tu avais le choix tu préférerais être dans une classe de filles/de garçons ou mixte ?

 

 

 

 

Les filles et les garçons ont-ils les mêmes droits ?

 

 

 

 

quelle matière préfères tu ?

 

 

 

 

Quel métier aimerais tu faire plus tard ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dépouillement de ce quiz et présentation statistique.

Idées d’actions =

-Planning des thèmes abordés  en s'appuyant sur l'actualité :

Science en fête : les femmes scientifiques

Lire en fête : les métiers de l'édition

-Relever dans la presse un fait qui servira de point de débat.

-Recherche documentaire pour illustrer des panneaux d'expositions selon les animations.

-Recherche sur l'orientation.

L'artisanat             les métiers des femmes

Les filles qui font des métiers rares ou réputé masculin.

Rencontre ou interview par mèl.

-Lecture de livre littérature de jeunesse sur le thème

-Rencontre avec des intervenants et préparation d'une exposition pour les élèves du collège /ou recherche d'une exposition et réalisation d'un dépliant

-Écriture de petites saynètes à présenter devant les classes pour mettre en scène les préjugés et les solutions à apporter.

 

 

 

·        Du fait divers au procès

Projet à mener en classe de seconde BEP, sur une année. Il permet d’aborder l’ensemble du programme de Lettres (cinéma, lecture de l’image, argumentation, presse…)

Déroulement =

Lecture du roman Printemps volé

-         débat

-         réécriture de la fin (Myriam porte plainte)

-         recherches d’informations (à qui s’adresser, découverte du système judiciaire, délais légaux, les métiers de la justice….)

 

Objectif = jouer le procès d’Horace, qui sera filmé et auquel assisteront des chroniqueurs judiciaires qui feront un compte-rendu dans la presse.

Activités =

-         film sur le déroulement d’un procès en France

-         Mettre en scène la trame du procès (sous forme de roman- photos ou de film),

-         Répétitions, tournage, problème des copies vidéos (recherches sur le droit à l’image)

-         Ecriture d’un article pour le journal

-         Ecriture d’une plaquette de présentation du projet pour les autres classes qui voteront pour ou contre la culpabilité de l’accusé Horace.

-         Article avec la décision du tribunal et le résultat des votes

 

 

·        Lutte contre les discriminations

En collaboration avec le CESC.

Projet pour la classe de 5e

- Point de départ : questionnaire sur les représentations  des élèves (qui fait quoi à la maison, métiers plutôt masculins ou féminins, qui est meilleur en classe et en quoi ?....)

- Traitement statistique par un professeur de mathématiques (par classe, par niveau…)

- Interprétation des résultats et débat en Education Civique

- prolongement : lecture d’une œuvre de fiction sur le thème des relations filles/garçons

 

Projet pour la classe de 3e

-         Point de départ : exposition « Il était une fois…l’histoire des femmes »

-         Questionnaire sur l’exposition, débats

-         Histoire- géographie = recherches sur les dates marquantes de l’égalité hommes- femmes, les grandes figures de femmes dans le monde, l’image de la femme dans la presse (actualités politiques : élections présidentielles, publicité…)